Le processus de création d’un album jeunesse illustré : Élénor d’Odette Barberousse
Crédit: Odette Barberousse (Maison d'édition : Monsieur Ed)

Le processus de création d’un album jeunesse illustré : Élénor d’Odette Barberousse

Entretien avec l’illustratrice Odette Barberousse sur la création d’une œuvre littéraire illustrée destinée à un jeune public. Elle nous partage ses étapes de création et influences, nous invitant dans l’univers à la fois magique et coloré d’Élénor, son premier album jeunesse publié chez la maison d’édition indépendante Monsieur Ed.

Parlez-nous de votre processus de création. Au commencement dun nouveau projet, est-ce dabord une histoire, un texte qui apparaît, ou est-ce plutôt le dessin qui vous guide?

Pour ce projet, en particulier, l’idée est apparue suite à une histoire personnelle. Le sommeil est une problématique très présente chez mes enfants. J’avais besoin de trouver une façon d’en parler.  J’avais juste dessiné cette drôle de bestiole que j’ai appelé «Machin» par la suite, c’était une manière de personnifier le sommeil, et toute l’histoire s’est construite autour de ce personnage. J’avais trouvé un thème, et ce n’était que le début de son exploration…

Élénor est un album à lunivers particulièrement coloré et imaginatif. Quel médium utilisez-vous pour tracer vos dessins et pourquoi avoir choisi celui-ci plutôt quun autre? Faites-vous tout à la mainou avez-vous recours au numérique?

Tout est fait à la main! J’utilise des outils très simples, la mine graphite notamment pour le personnage d’Élénor et les crayons de couleur.

Lorsque j’ai commencé à dessiner, je n’utilisais que le crayon. Quand on n’a pas forcément beaucoup de place et des enfants en bas âge autour de soi, je trouvais pratique d’utiliser un simple crayon, ça ne salit pas beaucoup comme la peinture, et je peux ranger rapidement mon matériel! Ce sont donc naturellement devenu mes outils de prédilection.

L’énorme avantage est que je peux dessiner quasiment n’importe ou! Élénor a été réalisé presque entièrement depuis mon canapé!

Le processus de création d’un album jeunesse illustré : Élénor d’Odette Barberousse
Crédit: Odette Barberousse (Maison d'édition : Monsieur Ed)

Quelles sont vos techniques de composition? Vous créez vos dessins chronologiquement ou les planches viennent éparpillées? Comment pensez-vous les couleurs? Parlez-nous notamment de votre choix de garder le personnage principal en noir et blanc.

Pour Élénor, j’ai d’abord effectué une série de dessins pas du tout chronologiques, et ce, bien avant que le texte soit finalisé. Je cherchais surtout à créer un univers par des couleurs, des motifs ou des personnages que j’avais en tête. Certains dessins n’ont d’ailleurs pas été retenu à la fin. Une fois le texte achevé, j’ai refait toutes les illustrations dans un ordre aléatoire selon mes envies mais avec cette fois des intentions bien définies par le texte.

Élénor parcourt des espaces distincts au fil des pages. Pour chaque univers qu’elle traverse, j’ai dressé une sorte de code, soit par les couleurs soit par des motifs comme la tapisserie de sa chambre. En plus du texte, cela donne des informations aux lecteurs et renforce leurs impressions et les sentiments qu’ils éprouvent en même temps que les personnages du livre.

Élénor devait se distinguer de tous les éléments mouvants de son rêve alors je l’ai laissée en noir et blanc. C’est d’ailleurs une caractéristique de mon travail, les personnages sont toujours travaillés uniquement au crayon.

Au pays des rêves, Élénor rencontre plein de petits personnages aux noms inventés. Avez-vous choisi daborder le thème du rêve afin dexplorer justement cette liberté de création, de mots, de paysages?

Oui, complètement! J’aime les contrastes, le surréalisme et l’incongru de manière générale. Je ne pourrais pas dessiner quelque chose de trop réaliste, cela m’ennuierai rapidement. J’ai besoin de m’amuser, qu’il y ait des symboliques ou des petites histoires à l’intérieur de l’histoire! L’idée qu’au pays des rêves tout soit possible était génial en termes de créativité! Il n’y avait pas de limite, la difficulté était plutôt de garder une cohérence avec l’histoire.

Il y a un rapport particulier aux odeurs dans votre livre. Lair est parfumé de nougat, de guimauve, le guide au pays des rêves d’Élénor sent le caramel au beurre salé. En quoi lodorat est un sens important pour vous?

Je suis très sensible aux odeurs, une particularité d’un de mes enfants également. Les odeurs donnent parfois des signaux forts, c’est un sens particulièrement intéressant en termes d’émotions ou de sensations. Cela renforce un peu plus le ressenti des personnages lors de l’appréhension des différents univers.

La rencontre d’Élénor avec le loup effectue un pont avec lunivers du conte que beaucoup denfants ont traversé. En quoi les histoires que vous avez lues influencent votre art? Quest-ce qui vous a mené à la littérature jeunesse, et donc au fait de vous adresser à des enfants?

Il est vrai que j’ai lu beaucoup de contes, et que j’aime particulièrement l’idée d’un message caché dans le récit au travers de symboliques. Ce sentiment d’avoir appris quelque chose à la toute fin de l’histoire me contente énormément. Mais ce n’est pas nécessairement ce qui m’a guidée vers la littérature jeunesse. J’ai d’abord commencé à dessiner comme un exutoire, j’avais des choses à dire que je n’arrivais pas à exprimer autrement. Mon dessin est devenu de plus en plus narratif.

Lorsque j’ai eu mes enfants, j’ai découvert la richesse de la littérature jeunesse. On peut y trouver tous les thèmes possibles pour aborder les problématiques de la vie. Les livres m’ont accompagnée dans l’éducation de mes enfants. Ils sont de véritables supports, et je dirais même parfois des soutiens pour dédramatiser, accompagner, expliquer, rire avec son enfant. Quand j’ai découvert cela, j’ai voulu tenter de partager mon expérience, faire un livre qui raconte une histoire qui n’est pas la mienne mais qui parle de la mienne et qui, je l’espère, peut parler de celle des autres.

Dans une perspective plus pragmatique, pouvez-vous nous dire combien de temps il a fallu pour terminer cet album? Qu’est-ce qui est le plus difficile à accomplir lors de la création dun album jeunesse?

Il s’est passé deux ans entre mon premier contact avec la maison d’édition et la sortie du livre. Élénor est mon premier livre, et je n’avais aucune idée du temps que cela prendrait. Avec Monsieur Ed, nous avons passé beaucoup de temps sur le texte, à étoffer, corriger, ajouter ou retirer des passages… et je dois dire que cela a été la partie la plus fastidieuse pour moi. Je n’y connaissais absolument rien, j’avais juste ma détermination avec moi et la furieuse envie d’y arriver! Mes éditrices ont été très patientes et m’ont accompagnée avec bienveillance tout au long du projet. J’ai beaucoup appris!

La partie illustration a demandé beaucoup moins de temps, j’avais toutes les images en tête, je les avais déjà imaginé mentalement au cours de l’écriture!

Votre livre a été publié chez l’éditeur indépendant Monsieur Ed qui accueille souvent des histoires aux univers particuliers, entre réel et imaginaire. Pouvez-vous nous raconter comment se crée le contact entre une auteure et une maison d’édition, et ce qui a découlé de ce dialogue?

Le contact s’est fait très simplement en fait. Je postais régulièrement des images des dessins que je produisais pour Élénor sur les réseaux sociaux. La maison d’édition m’a contactée par mail pour savoir si ces illustrations étaient destinées à un album et si je souhaitais travailler avec elle sur sa publication. Je n’ai pas réfléchi très longtemps! J’ai conscience de la chance immense que j’ai eu ce jour-là. Je ne crois pas que cela se produise toujours ainsi! Ensuite, tout a été très simple et fluide. Malgré mon manque d’expériences, les deux éditrices ont été hyper encourageantes, elles étaient si enthousiastes. Et elles ont su me guider à chaque étape dans l’élaboration du livre. Je n’aurais pas rêvé mieux pour une première!

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