Zébrina, une pièce a conviction. Courtoisie: Théâtre du Nouveau Monde. Crédit photo: Yves Renaud

Zébrina, une pièce à conviction, le coup d’envoi de la saison d’automne du Théâtre du Nouveau Monde, a réussi le défi ultime: capter l’attention de son audience loyale au moyen de la webdiffusion. Écrite en 2001 par le dramaturge américain Glen Berger, la pièce Underneath the Lintel, originaire de Los Angeles, s’invite sur la scène québécoise avec succès.

Le Théâtre du Nouveau Monde, en guise de salut à l’automne, présentait Zébrina, une pièce à conviction, traduite de l’anglais par Serge Lamothe et mise en scène par François Girard. Avec comme unique comédien Emmanuel Schwartz sur scène, la pièce originellement «off-broadway» amorce l’ère nouvelle des représentations théâtrales à l’écran avec tact et ambition.

Un jeu de lumière inégal nous introduit à la mise en scène simple accompagnant l’homme qui confiera, pendant 1 heure et quart, un monologue rempli de tumulte et de nuances. Le personnage néerlandais livre à l’audience un des seuls récits qu’il eut la chance d’entreprendre, celui d’un roman avec un retard de 133 ans à la bibliothèque où il travaille. Les phrases scandées de l’acteur semblent d’abord créer une distance entre lui et l’audience, qu’elle soit à la maison ou en salle. Puis, avec un éclairage bientôt mieux balancé et une aise s’installant dans la voix du vieil homme, on s’accroche.

Sur scène siègent quelques accessoires, sans plus. Des images défilent sur l’immense écran arrière en guise d’animation, souvent monochromes. L’attention de l’audience ne peut qu’être dirigée vers l’acteur et sa fougue ascendante.

Zébrina, une pièce a conviction. Courtoisie: Théâtre du Nouveau Monde. Crédit photo: Yves Renaud

Peu à peu, une nostalgie cynique transparaît dans le discours; on apprivoise tranquillement la solitude du bibliothécaire célibataire. Emmanuel Schwartz partage la douceur rare d’un être éternellement incompris de tous, bouleversé par le moindre remous dans une vie autrement ordinaire.

La peur de l’oubli, de la mort et de l’amour sont les grands thèmes de Zébrina. Ici, l’histoire et ses péripéties – quoique particulières –  importent peu. Ils ne sont qu’un prétexte à la quête ultime qu’est l’évolution émotionnelle d’un homme frustré ayant trop longtemps rejeté le moindre pincement intérieur.

Une carte déferle en arrière-plan, suivant les pas du vieil homme. Emmanuel Schwartz interprète avec délicatesse le personnage asocial duquel on s’éprend presque inconsciemment. Le bibliothécaire part à la quête d’un récit qu’il tente de rendre sien afin de confirmer qu’il a bien été de passage: «Je suis ici», murmure-t-il. Sur une carte, mais aussi dans le monde.

Dès le 7 décembre, Zébrina parcourra le Québec avec ses présentations allant de Sainte-Thérèse à Saint-Hyacinthe. La version originale de la pièce, soit en anglais, sera présentée au Centre Segal des arts de la scène à Montréal en décembre prochain et à nouveau dans la langue de Molière, en janvier 2021, au Théâtre français du Centre national des Arts à Ottawa. Zébrina transportera, autant en anglais qu’en français, son audience dans l’univers d’un bibliothécaire aussi fragile que complexe.

Pour découvrir les prochaines dates et pour savoir si la pièce sera jouée près de chez vous, visitez Théâtre du Nouveau Monde.

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