Crédit photo: Charlotte Brady-Savignac

VILLERAY ACOUSTIQUE: un parcours tout en nuances

VILLERAY ACOUSTIQUE est un parcours sonore gratuit et permanent tracé dans le quartier — vous l’aurez deviné — Villeray de Montréal, délimité par les rues Jean-Talon, Casgrain, Garnier et le boulevard Crémazie. Initiative du collectif dB en collaboration avec Espace Projet, on peut en faire l’expérience depuis le 7 septembre 2019. 

Dix points d’ouïe, situés dans des endroits de marque du secteur — fontaine du parc Jarry, espaces du Patro Le Prevost, ruelle verte La face cachée de la rue, place de Castelnau —, vous permettront de (re)découvrir autrement ses lieux intérieurs et extérieurs. De courts panneaux explicatifs et un glossaire en ligne vous aideront aussi à tendre l’oreille aux ambiances sonores caractéristiques, aux silences insoupçonnés et aux bruits signatures, pour ainsi saisir avec précision les divers phénomènes acoustiques du quotidien.

Courtoisie: Villeray Acoustique

Ça fait un moment déjà que je vois des panneaux ronds un peu partout dans Villeray; surtout lors de ma marche quotidienne au parc Jarry, ce joyau du quartier. Et, à chaque fois, je me dis qu’il faut que j’en fasse l’expérience pour de vrai. Voici donc un aperçu de cette marche sensorielle qui dégourdit les jambes, en plus d’offrir un moment de pleine conscience bien mérité et ressourçant.

Patro Le Prevost. Crédit photo: Charlotte Brady-Savignac

Un portrait sonore caractéristique de Villeray

Ça permettra pour certains.es de changer la routine et le parcours habituel de marche, ou encore, de faire 20 000 pas en 3h, c’est selon — le parcours est assez long, prévoyez-le temps qu’il faut ou divisez votre expérience en plusieurs marches.

Que vous habitiez ou non dans Villeray, cette marche, qui laisse place aux phénomènes sonores du quotidien, vous permettra de faire une expérience différente du quartier, à travers des points d’écoute diversifiés et, parfois, cachés. Chacun de ces points, identifiés par un panneau à la forme circulaire — en écho à son logo en porte-voix formé d’ondes sonores — et sur une carte consultable sur le site web du projet, attire l’attention sur un phénomène sonore, particulier ou multiple. L’on cherche parfois un peu ces panneaux, et ça rend l’expérience cocasse. Y sont précisées plusieurs informations: la caractéristique principale de l’espace sonore présenté, la posture d’écoute proposée ainsi que l’expérimentation à y effectuer.

La plupart des points cibles sont fixes (bretelles de l’autoroute Métropolitaine, parc Villeray, passage piétonnier Rousselot, Maison de la culture Claude-Léveillé, place de Castelnau, ruelle La face cachée de la rue) alors que d’autres sont mobiles. L’un d’entre eux, excentré ou un peu à distance, nécessite un déplacement de quelques pas — parc Jarry, face à la fontaine. Un autre arrêt se constitue d’un parcours unique dans un lieu extérieur et intérieur — Patro le Prevost. Enfin, deux autres points forment un circuit composé de plusieurs arrêts — trajet allant du parc Blanche-Lamontagne au parc Saint-Vincent-Ferrier.

Carte du parcours sonore. Courtoisie: Villeray Acoustique

Ce qui est merveilleux de ce projet: le parcours débute où vous voulez, à l’heure qui vous plaît et le jour qui vous adonne. Vous l’effectuez à votre rythme: en une fois, deux fois ou dix fois si ça vous chante. Il est là pour de bon. Vous pouvez donc — et pourquoi pas? — le réexpérimenter, d’une saison à une autre, d’un moment de la journée à un autre. C’est qu’à chaque fois, le parcours sera différent et les rencontres sonores varieront, au gré de l’affluence, de l’heure de la journée et de la saison en cours.

La Métropolitaine. Crédit photo: Charlotte Brady-Savignac

Expérimentation d’un point d’écoute: l’envers du masque

J’ai entamé la marche au parc Jarry où j’ai pu expérimenter, d’abord, le son de la fontaine, un élément caractéristique du quartier. J’y apprends — pour vous donner une idée du parcours et sans tout vous dévoiler — que la fontaine a souvent l’attribut de «masque sonore». Pourquoi? Parce que la particularité de ce son, par son intensité et la répartition de ses fréquences, en dissimule un ou plusieurs autres environnants. Une question nous est posée: «Ici, pourrions-nous dire que le son de la fontaine atténue le bourdon du boulevard Saint-Laurent auquel il se superpose?». La posture d’écoute — et tentative de réponse — proposée est une lente marche sur le bord de la fontaine, vers l’ouest, jusqu’au 5e lampadaire. L’expérimentation à faire: comparer sa «perception des bruits de l’eau» durant le déplacement: «quelles nuances percevez-vous ?».

Voici mon constat: le son de la fontaine, qui semble gricher, occupe presque tout le champ des hauteurs au fil de la marche, puis son volume diminue progressivement pour s’entremêler au bruissement du vent dans les hautes herbes, à proximité de l’étang. C’est magique: le son de l’eau se combine peu à peu à celui du vent dans les feuilles, où ils ne sont plus bien discernables l’un de l’autre. Le jour où j’ai effectué l’expérience, le temps était nuageux et venteux. À cet endroit, le bourdon de la rue Saint-Laurent n’était presque plus perceptible, comme une rumeur lointaine. Et ça faisait du bien.

Sur le site web du projet — outil qui ajoute à l’expérience par la richesse de son contenu —, lorsque l’on clique sur un point d’écoute, une section «En savoir plus…» nous dirige vers quelques liens complémentaires et informatifs sur l’histoire, la culture et l’écologie du lieu. Dans le cas présent, elle nous renseigne sur l’histoire socioculturelle du parc Jarry, sur la biodiversité et les parcs urbains de la ville, et plus encore.

La fontaine du parc Jarry. Crédit photo: Charlotte Brady-Savignac

Le collectif dB et Espace Projet

Ce projet urbain dans l’espace public montréalais, accessible aux petits et grands, est une initiative du collectif dB — pour Dumas, Babin et décibel, unité de mesure de l’intensité du son. Il regroupe les artistes sonores québécoises Chantal Dumas et Magali Babin.

Ce que la première préfère, c’est aller à la pêche aux sons. Elle pratique le field recording et en fait le matériau de ses compositions. Celles-ci prennent la forme d’installations, de design sonore et de compositions. La seconde s’intéresse pour sa part au rapport identitaire de l’humain aux sons, à travers des performances, des installations et des projets in situ. Elle y explore entre autres les thématiques de la mémoire et de la perception. Le collectif féminin dB rassemble leurs intérêts pour la géographie sonore, la cartographie sensorielle — qu’elles aiment toutes deux tracer au quotidien — et la notion d’espace.

L’organisme culturel Espace Projet, qui a rendu possible ce parcours sonore avec l’aide des fonds du Conseil des arts et des lettres du Québec et du Conseil des arts de Montréal, a quant à lui la mission de «diffuser principalement le travail d’artistes émergents en art actuel et en design», comme indiqué sur son site web. Les projets soutenus invitent le visiteur à poser un regard tout autre sur son quotidien, à travers des activités collaboratives de médiation en relation avec l’espace public.

Parc Saint-Vincent-Ferrier. Crédit photo: Charlotte Brady-Savignac

Tous les points d’écoute rendent somme toute accessibles des phénomènes sonores à découvrir et à expérimenter, à notre plus grand plaisir.

Pour plus d’information sur le projet VILLERAY ACOUSTIQUE, n’hésitez pas à consulter son site web et sa page Facebook. Et, pourquoi pas un peu d’audiovisuel avec cette entrevue réalisée par La Fabrique culturelle, en compagnie du duo créateur du projet.

Allez, maintenant, ouvrez grand vos oreilles!

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