Vue de l’exposition Survivance de Manuel Mathieu. Photo: MBAM, Denis Farley Courtoisie: Musée des beaux-arts de Montréal.

Un weekend au musée : petit aperçu des expositions virtuelles proposées par le MBAM

En Suisse comme au Québec, les musées étaient jusqu’à tout récemment encore fermés. À notre plus grande surprise, le gouvernement québécois a autorisé leur réouverture cette semaine. Quant au Musée des beaux-arts de Montréal, afin d’être fin prêt à accueillir les visiteurs, celui-ci a décidé de rouvrir seulement le 11 février prochain. Dans l’attente et pour ceux et celles qui sont quelque peu frileux d’aller dans les espaces publics, il reste possible de s’évader et de déambuler virtuellement dans des expositions de qualité depuis le confort de son canapé. Même si vous habitez à plus de 5000 kilomètres du musée en question!

Par contre, je préfère vous prévenir tout de suite: il vous faudra une bonne dose de volonté et de détermination. Visiter une exposition en ligne demande de la curiosité (comme aller au musée «en vrai»), mais aussi de la persévérance, du moins si vous faites comme moi partie des personnes qui aiment aller au musée pour apprendre, pour qu’on vous explique des choses. Ces «intello-analytiques», qui lisent avec application chaque texte explicatif, et qui ressortent du musée un peu frustré.e.s de ne pas avoir eu droit à un cours d’histoire de l’art en bonne et due forme. Ces personnes qui mettent deux heures au moins pour chaque expo, pendant que la famille, les ami.e.s, ou une douce moitié moins passionnée par les implications socio-économiques de l’art byzantin font quatre fois le tour de la boutique.

Bref, si vous faites partie de ce groupe-là, je vous avertis que la visite d’une exposition virtuelle vous réservera quelques frustrations. En revanche, si vous faites partie des «déambulant.e.s intuitifs.ives» en quête d’inspiration, capables de simplement se laisser porter par les œuvres sans le désir pressant de connaître toutes leurs contextes sociopolitiques, je vous promets que vous allez adorer ça.

Vue de l’exposition GRAFIK! Cinq siècles d’arts graphiques allemands et autrichiens. Photo: MBAM, Denis Farley. Courtoisie: Musée des beaux-arts de Montréal.

Une offre diverse et foisonnante

Pour le public de type intello-analytique, c’est bien simple: si vous voulez avoir du plaisir à découvrir l’offre virtuelle du MBAM, je vous recommande de garder en tête deux constats:

1) Faire toute l’exposition, en regardant chaque tableau et en lisant chaque petit texte est tout simplement IMPOSSIBLE. Croyez-moi. Déjà parce que ça fait trop, beaucoup trop d’œuvres et de textes, et ensuite parce que les petits textes ne sont pas vraiment lisibles dans la visite virtuelle.

2) Ce n’est pas grave. C’est l’occasion de découvrir les joies de la déambulation intuitive! Ok, on trouve ça bizarre nous autres, mais là on a l’occasion de s’y mettre. Et en fait, c’est plutôt chouette. Et la bonne nouvelle, c’est que vous n’êtes pas obligé.e.s de vous passer entièrement d’explications, puisque l’équipe du MBAM a concocté pour chaque exposition une forme de visite interactive, qui propose une déambulation guidée et met en évidence certaines œuvres incontournables ou points forts de l’exposition. Allez, n’hésitez plus, les visites virtuelles, c’est par !

Vue de l’exposition Riopelle : à la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones. Photo: MBAM, Denis Farley Courtoisie: Musée des beaux-arts de Montréal.

Riopelle. À la rencontre des territoires nordiques et des cultures autochtones

Pour étancher ma nostalgie du Québec, j’ai décidé de commencer par l’exposition consacrée à Jean-Paul Riopelle, artiste que je ne connaissais pas du tout. L’exposition suit le parcours biographique de Jean-Paul Riopelle, et l’évolution de son art au fur et à mesure des années et de ses déplacements entre Paris et son Québec natal. On y découvre l’influence qu’ont eue sur ses œuvres les théories esthétiques des surréalistes, qu’il a côtoyés dans le Paris des années 1950, et celle de l’art autochtone québécois, qui prend une place de plus en plus importante dans son travail, et qu’il découvre par l’intermédiaire d’expositions et de collectionneurs – avec ce que cela comporte d’asymétrique par rapport aux peuples dont émane cet art. Cette dimension, bien qu’elle soit abordée dans les textes de l’exposition, aurait mérité d’être un peu approfondie, non pas pour juger l’artiste a posteriori, mais pour replacer davantage certaines démarches artistiques dans leur contexte, et montrer l’évolution du rapport aux cultures autochtones.

L’exposition reste toutefois une découverte intéressante et stimulante, notamment par la superposition entre les œuvres de Riopelle et des documents d’époque, par la manière dont elle retrace l’évolution d’une pratique artistique, et par les liens qu’elle suggère entre le surréalisme, et une pratique de l’art millénaire par les Premières Nations.

Jean Paul Riopelle (1923-2002), Paysage, 1971, acrylique sur lithographie marouflée sur toile, 160 x 120 cm. Collection famille Charest. © Succession Jean Paul Riopelle / SOCAN (2020). Photo archives Catalogue raisonné Jean Paul Riopelle Courtoisie: Musée des beaux-arts de Montréal.

Paris au temps du postimpressionnisme. Signac et les indépendants

La deuxième exposition que j’ai pris le temps «d’arpenter» longuement Paris au temps du postimpressionnisme est monumentale et regroupe plus de 500 œuvres. On pourrait donc facilement y passer toute une journée. Si cela vous semble un peu excessif, je vous comprends et vous recommande l’audioguide, afin de ne pas vous perdre dans la multitude des tableaux, et aussi de trouver et de lire le texte d’introduction pour chaque salle ou chaque thème. En combinant ces deux éléments, vous pourrez suivre le fil des évolutions artistiques et sociétales qui se déploient entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle et qui se trouvent au cœur de l’exposition.

J’ai particulièrement apprécié la manière dont l’exposition revient sur les liens entre les enjeux esthétiques ou picturaux et les enjeux sociaux, et le fait qu’elle rappelle l’engagement révolutionnaire voire anarchiste de certains de ces peintres, dont les tableaux aux couleurs pastel semblent aujourd’hui si harmonieux et paisibles. Le MBAM a également mis un point d’honneur à évoquer le rôle de certaines femmes peintres au sein du mouvement impressionniste et parmi les artistes indépendant.e.s. On retrouve ainsi notamment Berthe Morisot, que nous avions déjà évoquée dans le cadre d’un article sur Les femmes peintres du MBAM.

Paul Signac (1863-1935), Saint-Tropez. Fontaine des Lices, 1895, huile sur toile. Collection particulière. Courtoisie: Musée des beaux-arts de Montréal.

… et trois autres expositions à découvrir

La visite de deux expositions virtuelles en une fin de semaine représente déjà un bel exploit en ce moment, alors que nous passons le plus clair de notre temps devant nos écrans. Mais il y a de quoi agrémenter plusieurs dimanches pluvieux sur le site du MBAM. En plus des deux expositions évoquées plus haut, vous pourrez ainsi également découvrir Grafik! Cinq siècles d’arts graphiques allemands et autrichiens, une exposition qui met en dialogue des gravures des XVe et XVIe siècle, avec des gravures expressionnistes du début du XXe siècle; Yehouda Chaki: Mi Makir, dédiée à l’artiste Yehouda Chaki, qui témoigne, à travers ses œuvres, de l’horreur de l’Holocauste et de la violence des vies arrachées, et des traces jamais retrouvées; enfin, sur une note plus légère, Survivance, la première exposition personnelle entièrement consacrée au travail du jeune artiste Manuel Mathieu (à découvrir en entrevue ici), qui vous donnera l’occasion de vous plonger dans le dynamisme de la création contemporaine québécoise.

Vue de l’exposition. Photo: MBAM, Denis Farley. Courtoisie: Musée des beaux-arts de Montréal.

Le choix est vaste, et la réalisation de ces visites vraiment soignée. Allez y faire un tour, et vous pourrez non seulement explorer des œuvres depuis votre canapé, mais aussi ouvrir en parallèle quinze fenêtres Wikipédia parce que tel.le artiste vous fait penser à cette expo que vous aviez vue en 2014, ou parce que vous êtes soudainement pris.e de la nécessité de savoir si les hiboux de TwinPeaks ont un quelconque lien avec les hiboux de Riopelle et leur symbolique dans les cultures autochtones… L’expérience du musée en ligne n’a de limite que votre imagination… et votre tolérance au temps d’écran!

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