L'artiste Cassandre Boucher.

Redécouvrir le passé avec les œuvres de Cassandre Boucher à la galerie AVE

C’est un voyage dans le temps que nous propose l’artiste québécoise Cassandre Boucher avec sa dernière exposition Le temps mène présentée jusqu’au 10 février à la galerie AVE (Arts Visuels Émergents) installée dans les locaux de la galerie Archive, et disponible en ligne en raison de la fermeture des espaces artistiques. Ici, la peintre et sérigraphe nous emmène dans le passé grâce à ses œuvres mêlant photographies d’archives, sérigraphie sur textile et gravures.

Pour ce projet, Cassandre Boucher a commencé par partir à la conquête d’images d’archives qui montrent, pour la plupart, la vie dans les régions rurales du Québec entre les années 1930 et 1970. Elle-même a grandi au Lac-des-Aigles, dans l’Est du Québec. «Un petit village coincé dans une vallée du Bas-du-Fleuve où il n’y a presque rien, seulement un lac et quelques aigles», écrit-elle pour introduire l’exposition.

Les photographies proviennent de sa propre famille, du Musée des archives de la Gaspésie ou encore de personnes qui lui ont ouvert leurs albums photos. On peut voir des paysans, des familles dans des champs, des scènes champêtres avec des animaux ou, pour la photo la plus récente, une voiture lors d’un retour de chasse dans les années 1970.

Une fois ces photos récoltées, l’artiste les a transposées grâce à la sérigraphie sur des tissus transparents tels que de la dentelle, des voilages ou des tissages. Ces matériaux proviennent pour la plupart de friperies ou de donations.

Le confinement a également amené Cassandre Boucher à créer ses propres tissages: «Le tissage, c’est un savoir-faire pratique que beaucoup de gens maîtrisaient et qui s’est perdu. Il y a vraiment une notion de temps, en relation avec le titre de l’exposition. Le tissage prend du temps. Pour moi s’installait à travers ça une revalorisation des savoir-faire, mais aussi le fait d’apprendre à prendre son temps», explique-t-elle. 

Quand on déambule à travers les œuvres, on comprend que le personnage principal de cette exposition, c’est le temps. «L’image photographique, c’est une trace du réel, une trace du passé, et c’est très en lien avec la mémoire qui est malléable, les souvenirs qui vont s’effacer avec le temps». Le choix de tissus transparents n’est pas anodin dans le travail de la sérigraphie. Ces photographies d’archives disparaissent à certains endroits dans les trous des dentelles ou des tissages, tout comme les souvenirs finissent par s’estomper. «La matière qui porte l’image est dans l’impossibilité de rendre complètement l’image que j’imprime, qui est aussi une partie du passé à laquelle on n’aura plus accès». 

Le temps en couleur

Pourtant, l’exposition ne nous dirige pas vers une sombre nostalgie comme pourrait le faire un tel thème. Un élément prédominant dans toutes les œuvres y joue un grand rôle: la couleur. Les images d’archives explosent de jaune, bleu, vert ou rose, grâce à la sérigraphie ou la peinture dans le cas des gravures. «Quand j’arrive en atelier pour imprimer, c’est là que je vais choisir les couleurs et comment je les applique. Je vais [les] mélanger directement dans l’écran de sérigraphie, la couleur n’est pas contenue dans la forme, elle est totalement indépendante de l’image.» Ces couleurs donnent une nouvelle dimension aux images d’archives, effet accentué par les motifs des tissus imprimés.

Bien qu’elle ne pratique pas la photographie, la relation entre cette dernière et la peinture est un point de réflexion constant dans le travail de Cassandre Boucher. «Les gens qui me voient travailler en atelier, étant donné que je n’imprime pas de façon traditionnelle, vont souvent me dire “Tu fais de la peinture finalement, tu ne fais pas de la sérigraphie!”». Elle cherche à injecter de la picturalité dans les images d’archives, et on le voit aussi dans ses gravures sur plaque photopolymère auxquelles elle a ajouté des coups de pinceau. Ses œuvres peuvent rappeler la période pictorialiste de la fin du XIXème siècle qui mêlait peinture et photographie. Tout comme les pictorialistes, Cassandre Boucher franchit les limites de la photographie. Son travail amène évidemment au questionnement: quand une image est-elle considérée comme une peinture?

Vous pouvez retrouver l’ensemble du travail de l’artiste sur son site internet. Pour la suite, Cassandre Boucher a une résidence prévue en Islande au courant du mois d’août ainsi qu’une exposition solo en Suisse en septembre.

Découvrez quelques-unes de ses œuvres exposées ci-dessous. Si vous avez envie d’en voir davantage, faites un tour à l’exposition en ligne de la galerie AVE.

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