Crédit: Nataliya Vaitkevich - Pexels

Les femmes peintres du MBAM

Dans l’histoire de l’art, les femmes peintres sont encore très peu connues du grand public. Peu étudiées et peu exposées, de grandes artistes sont tombées dans l’oubli. S’il est facile de citer de tête le nom de cinq peintres hommes, l’exercice se complique pour leurs homologues féminines.

C’est pourquoi nous avons décidé de jeter un coup d’œil dans la collection et les expositions du Musée des beaux-arts de Montréal pour vous présenter six femmes peintres qui, avec leur différent style, ont marqué leur époque. 

Fede Galizia et la nature morte

Fede Galizia est une peintre italienne, dont l’époque se situe à cheval entre la Renaissance et le Baroque. Elle est formée dès son plus jeune âge par son père et artiste Nunzio Galizia. Elle est connue par ses contemporains majoritairement pour ses portraits et ses œuvres religieuses. L’artiste a, par exemple, réalisé des tableaux pour le prince Rodolphe II de Habsbourg.

C’est après sa mort, en 1965, par l’entremise du critique d’art Stefano Bottari que ses natures mortes deviennent célèbres. On note ici le clair obscur qui démarque les fruits et fleurs du fond noir. Les pétales de jasmin sont posés délicatement sur les pêches, tandis que la pomme coupée commence à s’oxyder. Certains y voient à travers cette pomme un memento mori soit un rappel de la mort. Les textures sont également marquées grâce à la peau lisse des pommes et celle douce des pêches qui se joignent à la transparence des fleurs.  

Berthe Morisot, peintre impressionniste

Berthe Morisot est exposée actuellement au Musée des beaux-arts de Montréal dans le cadre de l’exposition Paris au temps du postimpressionnisme. Elle a pris part à la formation du groupe impressionniste en France dont les toiles se démarquent de la peinture traditionnelle en raison de son réalisme. Morisot prend souvent comme sujet des scènes de la vie quotidienne, notamment des femmes issues de la bourgeoisie française de la fin du XIXe siècle.

Cette œuvre, Jeune fille au chat, montre la technique gestuelle de l’artiste. La balance entre les couleurs froides et claires des vêtements de la jeune fille et les couleurs chaudes du fond donnent une impression de douceur, renforcée par le regard amical du personnage. Cela témoigne des talents de portraitiste de la peintre, qui a laissé à sa mort en 1895 un important corpus qui fait d’elle l’une des plus grandes artistes impressionnistes.  

Courtoisie: MBAM Crédit: Berthe Morisot (1841-1895), La Jeune Fille au chat, 1892, huile sur toile. Collection particulière

Emily Carr à la découverte des peuples autochtones

Emily Carr est une peintre canadienne majeure du début du XXe siècle. Elle s’intéresse très vite à la culture autochtone et en fait le centre d’une grande partie de son travail. En 1912, elle part visiter plusieurs communautés de la Côte Ouest et documente les totems et autres objets traditionnels menacés de disparition en raison de la colonisation. À travers son regard, elle cherche à transmettre cette culture par ses toiles.

Dans cette œuvre, elle représente avec précision et réalisme une pirogue de guerre à Albert Bay saisie après un potlatch, une cérémonie qui se déroule dans plusieurs Premières Nations du Nord-Ouest. Les couleurs sont franches et vives, ce qui rappelle le fauvisme et le postimpressionnisme en France, que l’artiste a découvert lors de ses études en Europe. En arrière-plan, le paysage de l’Ouest Canadien se découpe et on entrevoit des personnages, probablement une famille de la communauté. 

Les paysages d’Anne Savage

Peintre québécoise, Anne Savage se spécialise dans les tableaux de paysages très souvent issus de la campagne canadienne. Elle est proche du travail du Groupe des sept, un regroupement fondé en 1920 d’artistes paysagistes canadiens. En 1933, elle participe à la fondation du Groupe des peintres canadiens, qui réunissait 28 artistes modernes.

Ce tableau montre au premier plan une charrue, dont les courbes s’accordent avec celles du champ à l’arrière. La perspective et les couleurs verdoyantes donnent une dynamique à l’oeuvre, qui dirige le regard vers l’horizon et le ciel. La trace humaine est présente grâce à l’outil et à la terre labourée, ce qui distingue la toile des peintures de paysages classiques, vierges de toute humanisation. 

Rita Letendre, les formes et l’abstraction

Née à Drummondville, Rita Letendre est une peintre abstraite qui concentre son travail sur le mouvement et la forme. Elle est proche des automatistes, un groupe d’artistes créé par Paul-Émile Borduas dans les années 1940. Inspiré des surréalistes, ce mouvement cherchait à produire une représentation picturale instinctive. Une grande partie des œuvres de Letendre utilise des couleurs vives et nettes.

Pourtant, ici, elle choisit de faire un tableau bichromatique, sans couleur. Les formes géométriques noires, qui ne sont pas vraiment des carrés ni des rectangles, se découpent sur un fond blanc. Situées en haut du tableau, ces formes semblent flotter sur la toile, leur asymétrie leur donne l’impression d’être en mouvement.  

Les femmes de Mickalene Thomas

Mickalene Thomas est une artiste new-yorkaise contemporaine multidisciplinaire. Ses travaux utilisent plusieurs pratiques, la peinture certes, mais aussi la photographie, la vidéo et l’installation. Ses sujets de prédilection sont la sexualité féminine, les genres et la représentation des femmes dans la culture populaire.

Cette œuvre, J’ai appris à la dure, représente une femme noire assise sur un fauteuil, qui prend la pose. L’artiste utilise différents médiums pour ce tableau, puisqu’en plus de l’acrylique elle ajoute de l’émail et des faux diamants, ce qui renforce l’impression de collage. Les couleurs et les motifs attirent le regard, les différentes textures aident à détacher le sujet du fond. L’afro dorée de cette femme ressemble à une couronne et lui donne une allure iconique. 

D’autres femmes peintres canadiennes et internationales sont présentes dans la collection du Musée des beaux-arts de Montréal. Vous pouvez les découvrir sur leur site en attendant la réouverture des établissements culturels pour, enfin, voir ces œuvres en vrai.

Share on facebook
Facebook