Crédit: Aurélie Thibault

L’application mobile du Festival MURAL: Démocratiser l’art urbain, une ruelle à la fois

Les salles de spectacles et les musées étant fermés, le milieu de l’art peut nous apparaître présentement comme entre deux souffles, mais il y a bien certaines œuvres qui demeurent accessibles lors du deuxième confinement.

Montréal est considéré comme une destination mondiale pour l’art urbain contemporain. Parfois perçu comme éphémère, l’art de rue est conservé, restauré et encouragé par certaines organisations comme Art Public Montréal, la Ville de Montréal, le festival Canettes de ruelle et le Festival MURAL. Le rythme effréné du quotidien nous empêche parfois de nous arrêter à la beauté des rues et aux messages revendicateurs des œuvres qui embellissent nos immeubles, mais l’application mobile du Festival MURAL, lancée au début septembre, nous offre le temps de ralentir et de réaliser que l’art est bel et bien partout. 

Crédit: Aurélie Thibault

L’application mobile 

Le Festival MURAL est un événement d’art public, d’une durée de 11 jours, qui se tient chaque été pendant le mois de juin à Montréal le long du boulevard Saint-Laurent. Il vise à démocratiser l’art urbain et à célébrer les artistes muralistes d’ici et d’ailleurs.

À la fin de l’été dernier, MURAL a lancé son application mobile qui regroupe des œuvres de la plus récente édition de l’événement, mais aussi des plus anciennes depuis sa fondation en 2013. La carte des murales indique clairement plus de 80 points où s’arrêter dans le Mile-End, le Plateau Mont-Royal, le Quartier des Spectacles et jusqu’au centre-ville. L’application expose des photographies des œuvres ainsi que le nom de l’artiste, l’année de réalisation et une courte description sur le travail du muraliste et de l’œuvre elle-même. 

Crédit: Aurélie Thibault

Le parcours guidé

Un parcours guidé est aussi disponible en 14 arrêts accompagnés d’une courte présentation audio, totalisant un parcours d’environ une heure.

Il regroupe 20 œuvres réalisées depuis la création du festival, provenant d’artistes entre autres des États-Unis, du Brésil, du Kazakhstan, de l’Espagne, de la Belgique et du Mexique. On y retrouve des informations sur le festival, les œuvres, les artistes, leurs techniques, leurs inspirations et aussi des indications claires qui permettent de bien se retrouver à travers le chemin. 

Voici un aperçu qui vous donnera l’envie de suivre le parcours et de découvrir d’autres artistes.

Crédit: Aurélie Thibault

ROA et la symbolique des animaux 

L’artiste belge ROA est l’auteur de l’immense murale datée de 2013 sur la rue Clark, illustrant un carcajou sur un bison. Il réalise des œuvres d’animaux locaux aux quatre coins du monde pour immortaliser ses voyages autour du globe, tout en s’interrogeant sur la relation des humains et des animaux à notre époque.

Conçue à la bombe aérosol, sa peinture est détaillée de centaines de traits de marqueur noir pour illustrer la fourrure des animaux. L’utilisation de l’espace est à la fois un élément clé et un défi de l’art urbain. Les animaux jouent un rôle crucial dans la nature comme la murale joue un rôle bien défini dans l’environnement où elle s’inscrit avec ses dimensions gigantesques et sa composition bien réfléchie. Seule la queue du bison dépasse sur le mur adjacent et le carcajou est hissé, pattes arrière, sur le plus petit bâtiment.

Œuvre de l'artiste ROA. Crédit: Aurélie Thibault

Monosourcil et ses caricatures contemporaines 

Monosourcil est une artiste muraliste avec un style bien unique. On reconnaît ses murales par des personnages colorés, caricaturaux et arborant curieusement le monosourcil. Comme son art enjolive les briques de Montréal presque à chaque coin de rue, elle fait partie de notre quotidien. On la connaît tous.tes un peu sans la connaître vraiment, sans jamais en être indifférent.e. 

L’application nous l’introduit en mettant l’accent sur sa critique de l’individu dans le monde du travail en Occident. C’est pourquoi elle peint, comme cette fresque datant de 2017, des hommes et des femmes d’affaires à l’air inquiétant, sournois ou stressé, ainsi que des robots et des extraterrestres aux traits grossiers. Il s’en résulte une ambiance de dystopie et de science-fiction animée. À la fois divertissante et étonnante, cette murale nous donne certainement envie de garder l’œil ouvert sur ses autres œuvres qui parsèment nos ruelles.   

Œuvre de Monosourcil. Crédit: Aurélie Thibault
Œuvre de Monosourcil. Crédit: Aurélie Thibault

Buff Monster et ses monstres en crème glacée 

Les couleurs vives de cette murale réalisée en 2016 par Buff Monster s’apparentent à la bande dessinée ou aux dessins animés. La présentation audio nous explique que le travail de l’artiste recrée un univers joyeux et singulier issu d’une symbiose d’inspirations variées qui empruntent à la musique heavy métal, au pop art et à la culture japonaise. Ici, des monstres en crème glacée représentant les sept péchés capitaux. Il y a en effet quelque chose dans les couleurs dérangeantes et complémentaires, l’emphase sur les sens exacerbés et les formes exagérées qui rappellent toute forme d’excès, sans que cela soit dépeint de manière négative ici.

Si l’on peut penser que l’art urbain succède la ville et que les œuvres se moulent d’après les murs et les immeubles, ce n’est pas toujours le cas. À la suite de la réalisation de cette murale, la Place Guilbault a été transformée. Certains commerçants s’y sont installés, on y a ajouté des sculptures qui font aussi office de bancs publics et des plates-bandes gazonnées. Une place publique a été créée, inspirée par les couleurs vives de l’artiste new-yorkais. 

Œuvre de Buff Monster. Crédit: Aurélie Thibault

Somme toute, l’application du Festival MURAL nous permet de découvrir ces œuvres qui passent parfois inaperçues, qui ne rayonnent seules que dans le recoin des rues et auxquelles on ne porte pas toute l’attention méritée. La Graffiti Alley, petite ruelle à l’abri des regards qui est ornée d’œuvres hétéroclites, en est un bon exemple, à ne pas manquer lors du parcours. 

Cette exposition est aussi un bon moyen de séparer le graffiti de l’art muraliste et de prendre conscience de toute son importance dans notre paysage urbain. Il nous pousse à réfléchir sur les messages qui s’y cachent et sur notre rapport à notre environnement, notre espace, nos rues. Sans oublier, il nous fait passer un beau moment au travers des couleurs qui font de Montréal cette ville bohème et décomplexée qu’on aime tant.

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