Déambulatoire no.4, David Umemoto, 2020. Courtoisie - Art Mûr - Facebook

David Umemoto à la galerie Art Mûr: des micro-architectures improbables

Après Souk MTL lors de l’édition 2019, c’était au tour de la galerie Art Mûr d’accueillir les œuvres de David Umemoto, du 5 septembre au 24 octobre 2020, en leur offrant pignon sur rue Saint-Hubert sous l’intitulé Infrastructures.

Devant la vitrine de la galerie, les passants ne pouvaient qu’être intrigués par ces sculptures aux configurations complexes et hypnotisantes…

Piranèse revisité

Nul besoin de connaître le parcours du sculpteur pour deviner sa familiarité avec le monde de l’architecture. En effet, originaire d’Hamilton et ayant grandi à Québec, Umemoto a d’abord travaillé 15 ans dans le milieu architectural. Ça se ressent à travers sa mise en scène du lexique propre au domaine.

Exposition Infrastructures. Courtoisie - Art Mûr - Facebook

On reconnaît bien sûr, en un regard, escaliers, colonnes, arches, alcôves, etc. Tout le vocabulaire est là, mais utilisé pour formuler des phrases impossibles. En s’attardant sur chaque pièce, on réalise que ces parcours ne nous mèneront à aucun endroit précis, avec leurs boucles infinies à la Moebius, leurs escaliers débouchant sur des murs, leurs étages non connectés, leurs paliers entourés de vides vertigineux…

L’artiste s’est-il amusé à donner une profondeur aux architectures de Piranèse ou d’Escher dont on a trop longtemps contemplé les dessins bidimensionnels? Est-ce par excès de zèle ou de curiosité qu’Umemoto se serait lancé le défi de tester leurs fameux labyrinthes dessinés en trompe-l’œil? Car, en effet, tout comme celles de Piranèse, les infrastructures d’Umemoto ne nous donnent qu’une envie: rapetisser et aller s’y perdre…

Un condensé spatio-temporel

Dans certains cas, les œuvres se composent uniquement d’une addition d’arches parfaitement alignées, clin d’œil involontaire peut-être à la fonction « copier/coller » des logiciels de modélisation 3D des architectes répétant un même objet à l’infini sans pour autant se soucier de l’humain, de l’échelle, de la séquence spatiale et du réalisme. Résultat: d’étonnantes architectures mettant en vedette l’ombre et la lumière, le plein et le vide, la matière et son absence.

Déambulatoire no.2, David Umemoto, 2019. Courtoisie - Art Mûr - Facebook

Dans chaque œuvre, les séquences d’un parcours architectural semblent s’être contractées en un seul moment et un seul espace; le temps et l’espace condensés tout en un cube. D’une sculpture à l’autre, la présence de la matière se fait plus étouffante, un peu comme si l’on multipliait le nombre d’images à la seconde.

En regardant ces objets monochromes, froids et inanimés, il semble que leur univers a été mis sur pause. Île désertée ou ville submergée, ruines d’après-guerre ou bunkers abandonnés, on se croirait tout droit sorti d’un film de science-fiction. Avec ses constructions cristallisées, atrophiées, Umemoto entame avec nous un dialogue sur le passage du temps, sans y amener une réponse précise.

Stairway no.10, David Umemoto, 2018. Courtoisie - Art Mûr - Facebook

L’effet Gruyère ou la magie du «négatif»

30x30x30 cm, c’est la taille du cube dans lequel s’inscrivent la plupart des sculptures présentées dans l’exposition. Mais si l’on est toujours en mesure de reconnaître le cube ayant servi de point de départ ou de référence, on se demande comment la matière en a été soustraite pour laisser place à un enchevêtrement complexe de formes, d’espaces et de parcours.

Tout est dans le moule?

Une vidéo en timelapse présentée sur un grand écran confirme cette hypothèse: on y voit des blocs «négatifs» faits d’un mélange de glace et de sable fondre, laissant émerger les formes «positives» et donnant progressivement naissance à l’une des œuvres de l’artiste. Sous les doigts et avec l’ingéniosité du sculpteur, le ciment devient dentelle! Et on imagine alors les itérations infinies qui s’offraient à l’artiste grâce à cette technique et les heures d’exploration formelle dans son atelier.

Le choix du ciment et de l’échelle dans son travail accentuent l’aspect intemporel des infrastructures imposant une neutralité des éléments et les réduisant à leur plus simple expression. D’ailleurs, on ressent une certaine tension entre le vocabulaire de formes inspiré de l’architecture classique gréco-romaine et l’esthétique contemporaine évoquée par le matériau, sa texture lisse et les formes épurées sans fioriture.

C’est ainsi que les dispositifs de circulation raflent le premier rôle: la coquille architecturale n’a plus d’importance; le parcours devient roi.

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